DLFT de la personne âgée : un diagnostic méconnu
DLFT de la personne âgée : un diagnostic encore trop souvent méconnu
Lorsqu'un patient âgé consulte pour des troubles cognitifs, la maladie d'Alzheimer est souvent le premier diagnostic évoqué. Pourtant, d'autres maladies neurodégénératives peuvent être en cause, notamment les dégénérescences lobaires fronto-temporales (DLFT).
Lors du Congrès National Alzheimer 2025, le Pr Thibaud Lebouvier et le Dr Vincent Deramecourt, neurologues au CHU de Lille, ont consacré une session aux formes tardives de DLFT, encore insuffisamment reconnues dans la pratique clinique.
Des formes plus fréquentes qu'on ne le pense
Les DLFT restent des maladies rares, mais leur fréquence chez les personnes âgées pourrait être largement sous-estimée.
Selon les intervenants, ces formes représenteraient entre 5 et 10 % des patients consultant dans les centres mémoire. Leur identification constitue un enjeu majeur car leur évolution et leur prise en charge diffèrent de celles de la maladie d'Alzheimer.
Des symptômes parfois trompeurs
Chez les patients âgés, les présentations cliniques sont souvent atypiques.
Contrairement aux formes plus classiques observées chez des sujets plus jeunes, l'atrophie cérébrale est moins caractéristique et les symptômes peuvent ressembler à ceux de la maladie d'Alzheimer.
Certaines manifestations comportementales doivent cependant attirer l'attention :
- Un égocentrisme inhabituel
- Une jovialité excessive
- Des modifications du comportement alimentaire
- Une altération des interactions sociales
Souvent discrètes, ces manifestations ne sont identifiées qu'à travers un interrogatoire approfondi de l'entourage.
Le syndrome LATE : une entité à connaître
La session a également abordé le syndrome LATE (Limbic-predominant Age-related TDP-43 Encephalopathy).
Cette pathologie est liée à l'accumulation de la protéine TDP-43 et se manifeste principalement par un syndrome amnésique sévère pouvant fortement évoquer une maladie d'Alzheimer.
Pourtant, son évolution est souvent beaucoup plus lente et les patients présentent une stabilité clinique remarquable sur plusieurs années.
Identifier cette entité est donc essentiel pour mieux informer les patients et leurs proches sur le pronostic de la maladie.
L'importance de l'évaluation comportementale
Les intervenants ont insisté sur la nécessité d'intégrer davantage l'évaluation comportementale dans les consultations mémoire.
Des outils spécifiques, comme l'échelle DAPHNE ou l'échelle MBI-C (Mild Behavioral Impairment Checklist), permettent de mieux détecter les modifications comportementales évocatrices d'une DLFT.
Cette approche contribue à améliorer la précision diagnostique, en particulier lorsque les troubles de la mémoire dominent le tableau clinique.
Les biomarqueurs sanguins changent la donne
Jusqu'à récemment, le diagnostic différentiel entre maladie d'Alzheimer et DLFT reposait souvent sur des examens spécialisés tels que la ponction lombaire ou la TEP amyloïde.
Ces examens présentent toutefois certaines limites, notamment chez les personnes âgées.
L'arrivée prochaine des biomarqueurs sanguins pourrait profondément modifier cette situation. Plus simples d'accès, moins invasifs et potentiellement plus faciles à déployer à grande échelle, ils devraient permettre d'améliorer considérablement la précision diagnostique dans les centres mémoire.
Mieux reconnaître les DLFT pour mieux accompagner les patients
Le principal message de cette session est clair : les formes tardives de DLFT existent et doivent être davantage recherchées.
Une meilleure reconnaissance de ces maladies permettra non seulement d'affiner le diagnostic, mais également d'adapter plus précisément l'accompagnement, le pronostic et les stratégies thérapeutiques proposées aux patients et à leurs proches.
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